La burqa dans nos sociétés contemporaines

La burqa dans nos sociétés contemporaines

Par David Vincent, étudiant en théologie

Une burqa chez les premiers chrétiens?

Depuis la loi du 11 octobre 2010 interdisant la burqa dans les lieux publics en France, celle-ci fait régulièrement l’actualité. Aujourd’hui, on associe instinctivement le voile intégral et l’islam, mais qui se souvient que, plusieurs siècles avant la naissance de Mahomet, certains chrétiens rêvaient déjà de voir des femmes, des chrétiennes en burqa ? Voici un petit extrait d’un livre deTertullien (Du voile des vierges, XVII) :

« Les femmes de l’Arabie, toutes païennes qu’elles sont, vous serviront de juges [il s'adresse aux femmes chrétiennes]; elles qui, non contentes de se voiler la tête, se couvrent aussi le visage tout entier, de sorte que, ne laissant d’ouverture que pour un œil, elles aiment mieux renoncer à la moitié de la lumière, que de prostituer leur visage tout entier. Là, une femme aime mieux voir que d’être vue. Voilà pourquoi une reine de Rome les déclarait très-malheureuses, de pouvoir aimer plus qu’elles ne peuvent être aimées, quoiqu’il soit permis de dire qu’elles sont heureuses, en ce qu’elles sont exemptes d’un autre malheur plus commun, parce que les femmes d’ordinaire peuvent être aimées plus qu’elles ne sont capables d’aimer. La modestie, imposée par cette discipline païenne, est plus pure, et pour ainsi dire, plus barbare que la nôtre. »

Deux informations intéressantes peuvent être relevées : (1) d’une part, le voile intégral n’a pas été inventé avec l’islam, c’est en fait une coutume tribale de l’Arabie pré-islamique -de même que la Kaaba était un ancien lieu de pèlerinage païen, reconverti en pèlerinage musulman; (2) d’autre part, nous voyons que certains chrétiens ont été aussi attirés par des « solutions » radicales. Plus récemment, un évêque égyptien avait exhorté les femmes coptes à se vêtir comme les musulmanes, ce qui n’a pas manqué de soulever la colère des premières.

Les religions et le rapport au corps

D’une manière générale, on constate que le rapport au corps a toujours été une question délicate dans le domaine religieux. Pour éviter de se laisser tenter par le péché, certains religieux, de toutes tendances confondues, préconisent de cacher le corps -surtout celui de la femme. Mais cacher toujours plus le corps est-il réellement une solution ? Prenons le cas extrême de la burqa. Le corps y est complètement masqué, nous n’avons plus aucune vision de celui-ci. Pour autant, elle attire les regards. Ce qui compte en définitif ce n’est pas tant le corps que l’imaginaire qui y est relié.

Supprimer à la vue le corps, ce n’est pas supprimer l’imagination. Bien au contraire! L’imagination s’emballe. L’effacement de la femme en face de nous permet de tout imaginer et laisser libre cours à nos fantasmes. Une tenue qui cache ne protège pas forcément de la convoitise ! C’est pourquoi certains musulmans issus des franges les plus radicales interdisent même les contacts entre hommes et femmes. Ce phénomène se reproduit jusque sur les réseaux sociaux certains musulmans n’acceptent plus dans leurs ami(e)s que des personnes de même sexe et de la même religion.

Cette fragmentation des rapports homme-femme aboutit à la création d’un ghetto mental où l’humain s’efface au profit des idéologies. Cette fuite en avant du radicalisme religieux présente un réel danger pour la cohésion sociale de nos sociétés contemporaines. Elle risque de diviser encore plus des communautés nationales déjà en difficulté et de renforcer le communautarisme.

Légiférer sur la burqa ?

Pour autant doit-on considérer que l’intervention étatique est une bonne chose ? La réponse demeure difficile tant les acteurs politiques ou des radicaux tentent d’en tirer profit.

D’une part, il est du devoir de l’État de protéger ses citoyens. Or, en masquant complètement le visage, la burqa représente un vrai danger pour la sécurité publique. Elle peut être utilisée par des criminels pour se camoufler pour commettre leurs méfaits.

D’autre part, le fait que l’interdiction de la burqa provienne des autorités étatiques créé un malaise dans la communauté musulmane, et certains extrémistes ne se sont pas privés de jouer la carte de « l’islamophobie » pour le dénoncer. Malheureusement, la majorité des musulmans se désintéresse de la question.

Les chrétiens et la burqa

Comme nous l’avons vu en introduction, au cours de l’Histoire, certains chrétiens n’ont pas manqué de tomber dans l’excès en prenant pour exemple la burqa des Arabes pré-islamiques. Si cette solution extrême de cacher l’entièreté du corps peut encore séduire quelques-uns chez les juifs et les chrétiens, ils demeurent des cas marginaux. Car dans l’ensemble, les juifs et les chrétiens ont fini par adopter une attitude plus modérée. Ce changement n’est pas tombé du ciel, mais est au contraire l’aboutissement d’une longue réforme interne.

La nécessité d’un réformisme musulman

Contrairement au christianisme, qui dans son essence même est poussé à se réformer constamment, l’islam se pense au contraire comme une religion forte de sa fixation dans le temps. Cette difficulté ne doit pas être négligée. Pourtant seule une réforme interne, c’est à-dire- provenant de la communauté musulmane elle-même, pourra apporter une solution durable à cette question et, plus largement, permettre à l’islam son entrée dans la modernité.

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